Les solutions (?) pour entreprendre en Afrique

Cet article aurait probablement pu ressembler à un retour d’expérience, mais pour garder une symétrie avec celui qui le précède, nous allons répondre à chacun des obstacles évoqué. Toutefois je ferai une petite mention de la diaspora, dans le cas particulier du Cameroun.

On bavarde que nous on a déjà fait quoi ? Notre contribution

En réalité, celui qui propose quelque chose ne fait pas de critique, il dresse des constats au préalable.

Je me rappelle en 2011/2012, je rentre d’un de mes rendez-vous client et je me plains à ma mère :

Beaucoup de bonnes idées publicitaires sur les différents panneaux [et affiches] dans la ville, mais très mal exécutées.

Sa réponse :

Toi qui sais, que fais-tu pour améliorer cela ?

Et toc, bien fait pour ma gueule. 😭
La grosse honte. DAMN! 😅

Mon action suivante a été de fouiller un centre de formation professionnelle dans lequel je pourrai dispenser « mon savoir ». C’est le début d’un long processus de transmission de savoir et de savoir-faire qui débouchera sur la création de Lotin Corp Academy en 2014.

C’est bien beau, mais au passage on se fait du blé, et donc c’est pas complètement désintéressé. C’est peut-être vrai. Mais nous avons toujours eu à cœur de bâtir un écosystème entrepreneurial fort en Afrique.

Déjà en décidant de monter entièrement Lotin Corp. au Cameroun, le but était vraiment d’inspirer cette jeunesse Africaine. Nous sommes, 10 ans plus tard, assez satisfaits de l’émulation que nous avons contribué à susciter.

eBooks et cours e-mail

Nous inspirant de nos nombreux articles de blog, nous avons produit des eBooks et des cours e-mail pour donner des clés à quiconque souhaiterais lancer son entreprise en Afrique et particulièrement au Cameroun :

Démarrer son entreprise est toujours un défi et dans l’économie actuelle, peut être particulièrement difficile. Dans cette série d’e-books, vous trouverez des conseils et des liens vers un large éventail d’informations utiles sur comment lancer et faire tourner votre nouvelle entreprise.

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Démarrer son entreprise est toujours un défi et dans l’économie actuelle, peut être particulièrement difficile. Dans cette série d’e-books, vous trouverez des conseils et des liens vers un large éventail d’informations utiles sur comment lancer et faire tourner votre nouvelle entreprise.

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Ce qui suit est une exploration du DT par Abhimanyu Bhardwaj ; non pas comme un processus d’innovation qui est si largement popularisé, mais plutôt comme un mindset et un ensemble de comportements construits avec des années de pratique, qui permettent l’innovation. Traduit par Henri Lotin.

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Cours en ligne

Nous sommes allés un peu plus loin, dans le cadre de notre politique d’accompagnement et d’insertion professionnelle, en produisant cette formation qui continue à s’enrichir de vidéos explicatives :

Créez et dirigez vous-même votre propre entreprise

Ce cours fait partie de la politique d’accompagnement de nos étudiants.

Vous aurez besoin d’un certain nombre de compétences pour démarrer et gérer une entreprise. Il est important d’identifier les compétences que vous devez développer ou améliorer pour que vous puissiez réussir vos opérations commerciales quotidiennes.

Cet ensemble de modules vous permettra de mener à bien cette tâche, et d’être autonome en très peu de temps.

Accès aux services de création

Parce que nous savons que pour les jeunes entrepreneurs, nos services sont pratiquement hors de portée, nous avons opté pour deux approches : le DIY et le discount.

Pour le DIY, nous nous sommes inspiré du livre Design for Founders de Heidi Pun, pour créer notre propre série, Design pour Founders pour donner des conseils aux jeunes créateurs d’entreprises, ainsi que des moyens de réaliser eux-mêmes tout ce qui concerne leur communication visuelle.

Cliquez sur l’image pour accéder au premier article de la série

Pour le discount, nous proposons simplement un package à environs 1300€ aux promoteurs de TPE.

Tout ça ressemble à un post commercial, finalement. Mais, nous n’allons pas nier tout ce que nous faisons, en même temps. C’est le moment d’aborder les solutions aux différents obstacles.

Premier obstacle : L’individu (vous-même)

Je vous dirai deux mots : développement personnel. Dois-je en dire plus ?

Je pourrais très bien vous recommander un coach ou peut-être même un gourou. 😒 Mais dans « développement personnel », il y a personnel. Donc, c’est un travail que vous devez faire pour vous-même.

Je résume le développement personnel à se former, pour se forger une personnalité.

Beaucoup aujourd’hui manquent de caractère et de personnalité, et cela est dû en grande partie à l’#IGNORANCE. Ne pas savoir fait manquer d’assurance, de confiance en soi et en ses capacités. La meilleure manière de combattre l’ignorance et de bâtir la confiance en soi est d’apprendre.

Issue de mes notes de lecture de Père riche, père pauvre de Robert Kiyosaki, cette citation pourrait vous donner des indices :

If you’re ignorant, it’s easy to be bullied. If you know what you’re talking about, you have a fighting chance.

If you know you’re right, you’re not afraid of fighting back.

Il est très facile de trouver des vidéos de développement personnel sur le web. Mais mon conseil est de lire des livres. Mais en dehors des livres, je vous conseille également de lire la législation de votre pays en matière de citoyenneté, mais aussi en matière professionnelle : tout ce qui se rapporte à votre domaine d’activité.

Deuxième obstacle : la motivation

L’objectif premier de la plupart des jeunes [et même des vieux, hein ? 😅] entrepreneurs n’est pas l’argent, mais cela va au-delà : l’enrichissement [très rapide, si possible].

C’est ainsi que vous verrez de la frustration chez ce type de personnes lorsque l’argent ne rentre pas comme rêvé ; frustration qui se transforme plus tard en aigreur. Ils se transforment alors en tueurs de rêve, tellement ils seront devenus amers. Il y a de fortes chances, si vous lisez cet article, que vous en ayez déjà rencontré au moins un dans votre parcours.

Beaucoup de personnes échouent non pas parce qu’elles n’ont pas de bons projets, mais parce qu’elles entreprennent pour les mauvaises raisons.

Parce que dès le début, je suis personnellement convaincu [de même que tous ceux qui oeuvrent à mes côtés à Lotin Corp] qu’en autonomisant [empowering] tous ceux qui croisent notre chemin, nous bâtirons un écosystème économique plus fort et plus équitable.

Au-delà d’une vision, c’est notre « pourquoi ». Ce qui nous motive à nous lever chaque matin et à cravacher pour le faire arriver.

Si vous ne savez pas ce qu’est votre “why”, je ne saurais trop vous recommander cet excellent talk de Simon Sinek : Why great leaders inspire action.

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Et retenez que :

On entreprend parce qu’on a décidé de résoudre un problème auquel les gens sont confrontés. Et non pas pour faire du blé. Le blé n’est qu’une récompense supplémentaire.

Beaucoup de coach et de speaker disent : « aimez l’argent ». J’y répondrai :

L’argent n’est pas une finalité. Car en fin de compte, l’argent ne résout que des problèmes d’argent. La vraie richesse c’est les gens.

Convaincus ?

Troisième obstacle : l’entourage

L’une des raisons pour lesquelles je me considère comme un privilégié c’est parce que peu importent les conditions financières, j’ai toujours vécu dans un environnement aimant. Cela a dû déterminer le type d’individu que je suis DEVENU. Mais cela ne suffit pas expliquer mon parcours. En réalité :

Le jour où j’ai décidé de ne plus m’asseoir au bar [vente à emporter, snack… remplacez par ce qui vous passe par la tête], ma vie a changé.

Étonnant, n’est-ce pas ?

La qualité du succès que vous avez dépend de la quantité de sacrifices que vous consentez.

N’hésitez pas à vous séparez des gens toxiques, ça peut faire mal pour un début, mais c’est bénéfique pour la suite. À défaut de choisir sa famille, on peut choisir ses amis.

Certains parents ne comprendraient pas facilement votre choix. C’est donc une occasion de vous rapprocher d’un aîné ou d’une personne moins âgée que vous, plus expérimentée dans le domaine de l’entrepreneuriat pour plaider votre cause : c’est une sorte de mentoring [plus à ce sujet dans un article ultérieur].

La première personne à croire en vous devrait être vous-même. Si vous doutez de vous, qui vous fera confiance ?

Savoir bien s’entourer est un impératif quand on souhaite réussir. Dieter Rams l’a rappelé dans le documentaire de Gary Hurstwit :

Il faut s’entourer de gens qui pensent comme vous. Qui ont les mêmes motivations que vous.

Cela ne signifie pas toutefois que vous devez vous entourer de béni oui-oui qui sont incapables de vous challenger et de vous confronter au besoin. Et rappelez-vous qu’entreprendre n’est pas un concours, mais une vocation.

Quatrième obstacle : le système éducatif et le marché de l’emploi

Il est aujourd’hui avéré que dans le monde, la préoccupation des universités et des grandes écoles n’est plus seulement de former, mais également d’insérer professionnellement leurs diplômés. Et cela est très louable. Rappelez-vous, j’ai dit que des efforts étaient faits dans ce sens, non ?

En Europe et en France notamment, les programmes dédiés à l’emploi se multiplient :

Pour le Maghreb

https://www.projet-saleem.org/le-projet/

Plus ouvert

En dehors de l’ECP des Nations Unies, tous ces programmes visent des étudiants d’université. Cela exclut de facto les individus qui n’ont pas de grande capacité financière : la majorité des Africains.

Tous ces efforts sont louables, mais tout cela ne servira pas à grand chose si nous n’avons pas des formations adaptées à nos réalités et à nos besoins.

Et j’invite nos dirigeants, et surtout nos professionnels à se pencher sur ce que le MIT fait dans ce sens :

http://africa.mit.edu/innovation/entrepreneurship/

Je sais, tout ça est du niveau universitaire. Mais aujourd’hui Internet est une excellente opportunité pour se dépasser et se former soi-même au métier qui nous passionne.

Dans le domaine de la philanthropie, il y a The Tony Elumelu Foundation qui fait des choses intéressantes.

Je ne suis malheureusement pas un grand fan des concours de startups, car aujourd’hui la majorité des jeunes qui veut se lancer est convaincue que c’est en créant une startup tech qu’elle réussira.

Je conseille de faire le pari de l’environnement, de la santé, de l’alimentaire (agriculture et élevage) mais de la finance aussi. À condition que cela vous passionne, bien évidemment.

Les exemples de réussite ne manquent pas.

Dans le domaine des transports, presque tout le monde veut devenir le prochain Uber Africain. #FUCK

Les défis de notre continent méritent qu’on émette une réflexion plus sérieuse et plus réaliste sur le sujet.

Un autre pan négligé dans l’entrepreneuriat en Afrique est le tourisme, où les grands noms du domaine se partagent le marché, je ne parle même pas de l’industrie culturelle. Il y a tellement de possibilités pour innover.

Pas besoin d’un grand diplôme pour faire les choses, volonté et détermination suffisent. N’ayez pas honte non plus, de vous faire accompagner.

Cinquième obstacle : les vendeurs d’illusion

Ça, c’est vraiment la gangrène du monde entrepreneurial. Ils se sont affublé d’étiquettes comme « coach », « leader », « mentor ». Ils sont invités à des conférences où ils donnent des conseils aux personnes qui souhaitent entreprendre, mais sont eux-mêmes qu’exclusivement salariés.

L’argument récurrent est le « moi-inc » dont la plupart des gens qui suivent des auteurs de développement personnel ont déjà entendu parler. C’est un bel argument quand on a une belle carrière. Malheureusement, pour la plupart, ils ont du mal à performer.

Le business du coaching est en pleine expansion en Afrique, parce que pour l’instant, c’est un filon porteur. Mais que se passera-t-il quand la bulle va exploser ?

Alors comment bien choisir son coach ou au besoin son mentor [je n’ai pas moi parlé de parrain, hein ? 😒] ? C’est une question qui mérite d’avoir son propre article. Rappelez-vous simplement que VOTRE développement personnel est VOTRE responsabilité.

L’autre catégorie d’illusionniste (ou bien prestidigitateur 🤔) est cette race d’entrepreneur super star qui est invité partout (surtout dans les médias) pour parler de son entreprise qui n’a parfois pas d’existence légale, qui ne peut communiquer aucun résultat en deux ou trois ans d’existence. Du vrai enfumage. Mais ceux là ne sont pas très dangereux comparés à ceux que je vais citer maintenant.

Les entrepreneurs super-héros. Ils ont tout fait seuls, à force de travail et de persévérance. Ils n’ont eu l’aide de personne pour s’accomplir.

Sérieux ? 🙄

Ai-je dit qu’ils n’ont jamais échoué, jamais douté ? Et que pour eux leur activité s’est rapidement auto-financée, genre en moins d’un an ? Et ce magnifique complexe industriel est l’œuvre de leur seules mains ? 🤫

🏃🏾‍♂️💨

Fuyez les comme la peste !

Il y a le Dr Claudel, qui en a parlé dans une de ses interventions, et voici ce que j’en avais pensé, à l’époque :

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Recevoir de l’aide n’est pas une disgrâce, au contraire c’est un signe que votre idée vaut la peine qu’on investisse dedans. Soyez-en fier.

Il y a tellement à dire sur les dérives. Je fais un petit bonus sur les levées de fonds.

Bonus : levées de fonds

Il y a l’entrepreneur spécialisé dans les levées de fonds. Il ne sait pas très exactement ce qu’il va faire de tout cet argent, mais il le prend quand même.

Je ne vous conseille pas de travailler avec l’argent des autres quand vous débutez, surtout si vous êtes novice dans votre domaine. Heureusement, il existe des structures d’accompagnement au financement participatif comme Hannibal Consulting, qui a mis en place Hannibal Incubator.

Pour ma part, je vous conseille de commencer petit, et de réinvestir vos gains dans votre activité. Gérer sur fonds propres est moins risqué et c’est l’idéal pour des entreprises qui n’ont pas nécessairement besoin de scaler pour améliorer leur CA. Mais pour ceux qui sont dans l’optique « très gros, très vite » je vous propose cette petite vidéo sur wework :

 

Alors, réfléchissez bien avant de prendre l’argent des autres pour financer votre business.

J’exhorte aussi tous les chefs d’entreprise, tous les entrepreneurs ayant déjà fait leurs classes de partager lors des talks, leurs échecs et leurs doutes. Cela servira énormément aux plus jeunes.

Pour un jeune qui n’a jamais entendu parler d’échec, lors de son premier, un doute s’installe en lui. Ça peut le tuer. Que l’on se comprenne bien, je ne demande pas que l’on mette en place une sorte de culture de l’échec, mais que l’on communique suffisamment dessus pour que les plus jeunes intègrent le fait que ça fait partie du douloureux processus d’apprentissage.

Je me rappelle récemment, à la fin d’une conférence sur l’investissement à Douala [suis arrivé complètement à la fin 😢] j’ai pu m’entretenir avec quelques jeunes.

Beaucoup m’ont reconnu, grâce à mes publications sur les RS. Et le leur ai partagé un de mes échecs : ma carrière d’auteur. En pratiquement deux ans, sur deux eBooks payants, j’ai réalisé moins de 20 ventes, soit moins de 200 €. Pour un site qui voit passer environs 50.000 visiteurs par an, c’est un taux de conversion de 0,04%. C’est clairement un échec.

Même si j’essaie de relativiser en disant qu’une cinquantaine de personnes a souscrit au chapitre GRATUIT ce sera toujours insuffisant. Ou bien que j’écris sur des sujets assez spécialisés, ou encore je suis un genre de précurseur sur la vente en ligne d’eBoooks, ça ne changera rien. Conclusion : je dois encore beaucoup m’améliorer de ce côté-là.

Sixième obstacle : l’environnement

En Afrique, l’environnement n’est pas toujours favorable à l’entrepreneuriat, surtout jeune. Mais comme je l’ai expliqué plus haut, le plus grand ennemi est l’IGNORANCE.

Mais ici je précise qu’elle s’étend à tous les niveaux. Mais l’intensité varie selon les zones. Dans les pays anglophones et lusophones, il y a une meilleure appréciation de l’entrepreneuriat, tout comme dans les pays du Maghreb et dans certains pays d’Afrique de l’Ouest. Ça reste des généralités, car en Afrique francophone, c’est comme si nous étions réfractaires au progrès, ça me sidère. La peur du changement est stratosphérique. 😤

La petite note d’espoir est qu’il y a de légères améliorations. Cette note d’espoir est due en partie aux différents gurus du marketing digital qui prônent la création de contenu par les entreprises pour attirer des visiteurs. Ce qui fait qu’il y a une grande quantité de contenu en rapport avec des activités pas nécessairement connues du grand public qui inonde la toile.

Cela participe à l’éducation du marché : consommateurs, fournisseurs, concurrents et État. C’est ce travail d’éducation que nous avons entrepris à Lotin Corp depuis 2012, comme relaté plus haut. Nous avons dépassé la barre des 650 articles et traductions en rapport avec nos différents domaines d’intervention.

Malheureusement cela ne suffit pas à nous faire approcher par le gouvernement pour proposer des réformes à certains niveaux, notamment la formation professionnelle et l’accompagnement des entrepreneurs.

L’autre frein pour les entreprises tech est l’infrastructure. Dans notre pays le Cameroun, par exemple, le gouvernement s’accorde sur le principe de développement d’une économie numérique. Mais ce que l’on remarque sur le terrain que les infrastructures ne couvrent pas l’ensemble du territoire national. Et les plus fondamentales dans ce cas de figure sont : l’électricité et l’internet. Nous avons encore du chemin à faire.

À part essayer de s’organiser en réseau d’entrepreneur pour encourager les gouvernements à faire le pas, nous pouvons également faire appel aux grands groupes tech comme Google pour appuyer nos actions pour un internet plus accessible.

Mais ça c’est une autre paire de manche.

Si vous avez d’autres obstacles et d’autres solutions, nous serions heureux de les recevoir en commentaires. ✊🏾

P.s. Cet article est déjà bien long. Je proposerais qu’on consacre un article spécifique au cas de la diaspora. Qu’en pensez-vous ? 🤔